La sociale
démocratie dans une perspective historique et application de son modèle.
La sociale
démocratie est issue de la rupture avec le communisme révolutionnaire et s’est
placée, dès son origine, sous les signes du pluralisme démocratique et
l’alliance de l’initiative privée et des forces Etatiques. Cette dernière est
la doctrine du Keynésianisme du nom de John Maynard Keynes qui instaura le rôle
de l’Etat comme outil d’appoint permettant un meilleur contrôle sur l’économie
et ses dérapages. L’âge d’or se situe de 1960 à 1980 avec les chanceliers Willy
Brandt en République Fédérale Allemande et Bruno Kreisky en Autriche ainsi que
Olof Palme en Suède.
Le mouvement
social-démocrate historique s’est bâti sur un esprit de pluralisme et de
modération en prenant le parti du réformisme démocratique et accédant au
pouvoir par la voie de la démocratie de représentation. Cet état d’abandon de
l’esprit révolutionnaire s’est déclaré pendant la période dite de crise
« révisionniste » des années 1900 ; en refusant de plus en plus
explicitement la révolution violente. Leur but étant l’alliance avec les
syndicats de l’époque pour transformer la société libérale
La
social-démocratie européenne représente des politiques et des organisations qui
se sont peu à peu constituées dans les pays de l'Europe du Nord et de l'Europe
centrale, à la fin du XIXe siècle. Entre les partis sociaux-démocrates, il y a
eu des différences de culture et de structure, liées aux réalités nationales,
mais leur histoire a été largement commune. Ils sont nés avec et par
l'entrecroisement de deux dynamiques politiques : d'une part, la lutte pour le
suffrage universel, la démocratie politique, qui en fait des partis démocrates
(républicain en France), d'autre part, la critique du capitalisme, de ses
injustices et de son irrationalité, qui en a fait initialement des partis
ouvriers, d'inspiration marxiste pour la plupart sur le continent. Cependant le
travaillisme comme on l’appellera plus tard est une fusion entre le
traditionalisme religieux imprégné de syndicalisme réformateur.
Mais aujourd’hui
la social-démocratie dite moderne est basée sur l’idée que le fait de
nationaliser des moyens de production et d'échange n’était pas nécessaire pour
combattre l'irrationalité et l'injustice du système capitaliste. Les
gouvernements qui voulaient lutter contre les inégalités, tout en menant des
politiques économiques efficaces, pouvaient mettre en œuvre des politiques
anticycliques pour maîtriser les fluctuations du marché, stimuler les
investissements, développer la protection sociale, accroître le niveau
d'éducation, etc.
Les
travaux de Keynes réconcilièrent l'initiative privée et une direction
démocratique de l'économie, cela donna une base d’un système économique à la
social-démocratie. L'étendue du secteur public a varié selon les pays et la
place de l'Etat, puissant en Autriche et en France, important en Angleterre, faible
en Suède ou en Allemagne. Cependant, nulle part en Europe, les entreprises
publiques furent utilisées comme instrument de marché. Au contraire celles-ci
devaient palier les inefficiences du secteur privé en lui accordant certains
bénéfices sur les biens publics. Ceci est donc, une alliance de la bourgeoisie
nationale avec l’Etat afin d’établir une symbiose entre la bourgeoisie et la
nation.
Les
évolutions de la social-démocratie moderne tiennent également aux changements
intervenus dans les sociétés et les cultures. La transformation du salariat, dû
au déclin de la classe ouvrière traditionnelle, s’ajoutant à cela l'existence
de millions d'ouvriers et d'employés qui vivent des conditions de travail précaire et un isolement de plus en plus
marqué, l'importance des classes moyennes salariées, une place plus favorable
des femmes dans le monde du travail, l'allongement de la jeunesse, et, en même
temps, le vieillissement de la population, la présence d’immigrés de plus en
plus perçu comme une menace à l’intégrité national, la force de
l'individualisme,… Tout cela a fragilisé les structures traditionnelles de la
représentation sociétale mise en place par la « proto-social-démocratie".
De plus les syndicats ont perdus cette homogénéité de la lutte ainsi que leur
autonomie. Pour palier à cela, les partis sociaux-démocrates et socialistes doivent
donc réunir plusieurs électorats aux intérêts différents et volatils, ce qui
nous mène à des élections aux résultats plus qu’incertains.
De ce
fait la cohérence idéologique est compromise par l’abandon des idéaux
historiques. On cherche à séduire plus pour gagner plus de voix et remporter
les élections, mais le prix à payer est immense. En voulant contenter tout le
monde, les sociaux-démocrates ont vendus leurs projets à la loi du marché et
aux nouvelles contraintes internationales. Les attentes de diverses franges de
la population des classes moyenne, traditionnellement acquises aux principes
sociaux et de la démocratie, sont déçues par les politiques sociales et
économiques de ces gouvernements. Et pour causes, tous les secteurs de
l’économie sont en déficit. Elles tiennent, dans une certaine mesure, à des
difficultés propres aux politiques mises en œuvre : le coût budgétaire des
programmes sociaux, la montée du chômage dans les années 1980-1990, les limites
de la politique fiscale, la décentralisation du système de relations
professionnelles, qui rend difficile une politique des revenus, et on en passe.
Mais ce sont les causes externes qui sont les plus importantes. On peut les
résumer le plus souvent sous le terme de « mondialisation ». Notre fin de
siècle a connue l’autonomisation des marchés financiers, l’accès à
l’information et à la connaissance de masse par l’internet, ainsi qu’un accroissement
de la compétition au niveau international, ont modifié les données de ce que l’on
a appelés les « compromis nationaux » de la période antérieure.
Au fil
du temps, l’identité de la social-démocratie est devenue ainsi depuis une
vingtaine d’années bien plus politiques qu’idéologique, plus sociologique et
culturelle. Cela a donc fragilisé le mouvement et l’a rendu dépendant des
résultats de sa politique, en ayant pour conséquence une baisse du sentiment
d’appartenance par rapport au passé. De plus, elle doit affronter de nouveaux
concurrents, tels les partis verts, qui défendent des valeurs
post-matérialistes et ont une influence dans les nouvelles générations
urbaines, les partis populistes, qui attirent des catégories populaires
inquiètes.
Nous pouvons donc appuyer le fait
que la « social-démocratie » moderne se considère comme la troisième voie,
comme le firent Bill Clinton, Gerhard Schroeder et Tony Blair.
Si l’on prend le cas Blair, on
s’aperçoit que sa social-démocratie a accordée au Pays de Galle et à l’Ecosse
des compétences importantes en essayant d’instituer un Etat Fédéral. L’homme
d’État utilisa la « triangulation politique » de Clinton.
C'est-à-dire de chasser sur les terres de l’adversaire, en l’occurrence les
conservateurs thatchériens, pour lui couper l’herbe sous le pied et l’obliger à
se radicaliser à droite, tout en s’en démarquant sur d’autres thèmes
secondaires. Et bien évidemment cela s’accompagne par une dénonciation en
conséquence du cynisme politique : certains, y compris à droite, ne s’en
privent pas. En réalité, comme notre « nouveau travailliste » se voulait
résolument au centre, il est assez compréhensible qu’il cherche à dégager des
solutions moyennes, qui se trouvent à égale distance ou au-delà de sa droite et
de sa gauche.
Tout d’abord, la réforme du système
social devait être son grand objectif. Mais on en est loin. On peut citer sur
ce cas l’historien du socialisme, Donald Sassoon, « Non seulement, il n’ya pas
eu de réforme proprement dite, mais aucun plan crédible n’a vu le jour ». En
lieu et place de cette grande réforme, les Britanniques ont eu droit à quelques
mesures qui valent d’être citées : ainsi, le gouvernement travailliste a choisi
de réduire les allocations des mères isolées et celles des handicapés « pas
trop gravement atteints », de manière à les pousser à trouver du travail. On
assiste donc à une deshumanisation de la société en obligeant par des mesures
coercitives à mettre au travail des handicapés léger. Il est donc difficile de
présenter de telles mesures comme des modèles de progressisme. Par contre,
elles sont indubitablement en parfaite continuité avec la politique de «
responsabilisation » engagée par Thatcher.
En matière de politique économique, on
assiste à des bouleversements ayant de terribles effets. Ici, la « règle d’or »
est qu’aucun déficit budgétaire n’est admissible, sauf si celui-ci est un
projet à long terme mais avec un coût de rentabilité étudié avec soin. On peut
se demander comment l’équilibre fut atteint. On appliqua, par exemple, des
suppressions de déductions fiscales familiales tout en diminuant l’impôt des
sociétés. Et on n’ose pas imaginer dans quelles dépenses le gouvernement « couperait »
si la conjoncture actuellement très bonne se dégradait. De plus, Blair et son
équipe ont complètement intériorisé cette idée que l’entreprise privée est
toujours plus efficiente que son équivalent public. Mais de telles ces
leitmotiv conduisent à de véritables aberrations, ce dont témoigne à suffisance
la gestion calamiteuse de la compagnie privatisée des chemins de fer
britanniques, pensons aux derniers accidents ferroviaire et aux pertes de vies
humaines qui en a résulté.
Nous devons la
théorisation de la nouvelle social-démocratie, appelée troisième voie, par le
penseur Anthony Giddens. Giddens conceptualisa la troisième voie et publie un
manifeste des nouvelles politiques de centre gauche intitulé The Third Way (la
troisième voie). Ni libérales ni dirigistes, ses thèses servent de base de
travail au gouvernement travailliste de Tony Blair, dont il est l'un des
conseillers officieux les plus influents.
Mais,
l'expression troisième voie a été utilisée pour la première fois en France à la
fin du XIXe siècle, pour être reprise épisodiquement par plusieurs générations
de sociaux-démocrates. A son origine, la troisième voie, c'est l'issue de
secours entre le capitalisme américain et le communisme soviétique. De ce fait,
au début des années 70, cela signifiait aussi «socialisme de marché», mais
aujourd'hui l'expression n'a plus vraiment cette signification, celle-ci étant
trop teintée d'idéologie.
Ce qu'elle
signifie aujourd'hui est assez simple : comment répondre au dilemme
politique posé par l'antagonisme dépassé entre deux écoles de pensée.
D'un côté, les
vieilles social-démocraties, fatiguées et obsolètes, bureaucratiques et
keynésiennes, telle la France, et qui continuent à circonscrire le champ
politico-économique dans les seules limites de la nation. A l'opposé, les
politiques de ce qu’on appelle la «nouvelle droite», sont marquées par une
sorte de fondamentalisme du marché qui ne répond plus aux difficultés
actuelles. Il faut donc une troisième voie, différente des deux philosophies
que nous venons de mentionner.
D'ailleurs, de
manière générale, Giddens préfère le terme de «politiques de la troisième
voie». L'expression troisième voie utilisée seule fait un peu formule magique
selon lui… Mais cette troisième voie s’accompagne comme on a pu le voir de
réformes qui n’ont rien de « social » et se rapproche plus d’un
centrisme radical agrémenté de mesures dites sociales. On assiste donc, dans un
pays comme la France par exemple, à la montée d’un libéralisme-social comme
avec le MoDem (ex-UDF) de François Bayrou. Cette montée est à relativisée
malgré ses 18.3% de votes aux élections présidentielles, puisque celui-ci n’a
récolté que 4 sièges à l’assemblée nationale. En France également, il y a le
Parti Socialiste qui voit sa transformation pointer du nez. Mme Ségolène Royal,
à l’instar de son homologue Pauline Marois (dont une rencontre s’annonce très
prochainement), veut redéfinir la « gauche » et la social-démocratie.
Elle était même prête à s’allier à François Bayrou pour les législatives afin
de contrer la droite, malgré les fustigations dans son parti. Le problème est
que monsieur Bayrou, comme nous l’avons dit, est un homme du libéralisme
social.
En guise de
conclusion nous nous apercevons que ce sont bien les fondements des « compromis
sociaux-démocrates » qui sont à repenser dans ce nouveau siècle qui marque une
« évolution » dans le système capitaliste et sa démocratie
représentative. Tous les partis de gauche ou de droite en ont fait le constat
et ont remis sur le métier leurs programmes et tentent d'adapter leurs
structures aux évolutions des sociétés dans le monde. Mais le débat n'est pas
clos. Plusieurs tendances se confrontent, avec des influences respectives plus
ou moins fortes, quels que soient les partis. Nous l’avons vu avec Tony Blair
et les politiques du « New Labour » qui incarnent un pôle résumé trop
simplement sous la notion de « social-libéralisme » (à tendance plus libérale
économique nous en conviendrons), qui propose certes une synthèse nouvelle avec
le libéralisme, mais entend répondre aussi au désir d'ordre et de repères des
classes populaires. Il y a également une « vieille gauche », dans la vieille
Europe, qui « parasite » les partis socialistes et sociaux-démocrates
plus traditionnel et moins enclin aux réformes des nouveaux discours. Ceux-ci
sont plus proche des courants les plus critiques du capitalisme mondialisé
(altermondialistes), qui privilégie les dépenses publiques, une réglementation
stricte imposée au secteur privé ainsi qu’une méfiance vis-à-vis de l'Union
européenne telle qu'elle se construit sur le dos des classes moyennes et
ouvrières.
La
social-démocratie moderne s’est aujourd’hui centralisée afin d’élargir son
électorat. Elle en a donc perdue son idéologie et s’est noyée dans les méandres
du populisme et des mesures typiques de « droite » au niveau social
et économique. Que l’on soit au Québec avec le Parti Québécois ou en France
avec le MoDem et le PS, en passant par le Parti Travailliste de Grande Bretagne
et le SPD allemand, nous avons à faire à des restructurations visant à la
conquête du pouvoir en ratissant au plus large. La radicalisation au centre
entraine un désintéressement de la classe politique par les citoyens des
nations industrialisées et donc un affaiblissement
de la démocratie de représentation. La vraie question n’est donc de savoir si
la social-démocratie « moderne » n’est pas elle-même une idéologie
dépassée par l’archaïsme des institutions capitalistes et sa démocratie de
représentation. Si tel est le cas, aurons dans ce siècle, une véritable
évolution des politiques et de son corps en général par l’affranchissement des
doctrines capitalistes en donnant le pouvoir au peuple et aux classes ouvrières
et moyennes ?
Bibliographie :
Anthony Giddens, The Third Way
(1998), « Le renouveau de la social-démocratie » en collaboration
avec Tony Blair.Olof Palme, Textes, sur http://www.palmefonden.se/index.php?page=50
John Maynard Keynes, Keynes ou l’économiste citoyen, de Bernard Marris, presse sciences-po 1998.
Le
Manifeste de la Troisième voie (das Neue Mitte) publié par Gehrard Schröder et
Tony Blair.
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