mardi 8 mars 2016

Le système de santé Québécois - Alexandre Hoffarth 2008

Le système de santé Québécois



Pour le cours: Politiques Sociales

TSO2243
Hiver 2008
Professeur : Guy Chiasson



Réalisé par Alexandre Hoffarth

HOFA24018606






Le système de santé Québécois



Introduction:

Les systèmes de santé dan les pays industrialisés sont le fruit des luttes sociales et de l’interventionnisme d’État d’après-guerre. Cependant, les idéologies des politiques sociales et étatiques ont changé vers une forme plus conservatrice que l’on appelle néolibérale et qui met en concurrence le public et le privé. Toutefois, les acteurs ont un point de vue autre.
Dans un premier temps nous présenterons de façon générale le système de santé québécois tel qu’il est aujourd’hui du point de vue des acteurs ainsi que du rôle que ceux-ci ont dans l’élaboration des politiques sociales.
Dans un second temps nous établirons l’idéologie néolibérale de la santé avec le tout récent rapport Castonguay. Celui-ci met en évidence le pouvoir politique au service d’une certaine idéologie.
Pour terminer nous conclurons sur une critique personnelle concernant la position des acteurs et de l’idéologie.


L’institution de la santé
Dans ce chapitre, nous présenterons l’idéologie des acteurs par des sondages réalisés le 19 juillet 2005 par l’institut Léger Marketing et nous extrapolerons une certaine conception de ce qui doit être la santé au Québec.
L’étude en question a été réalisée au moyen d'un questionnaire internet auprès d'un échantillon représentatif de 873 médecins et futurs médecins. Ceux-ci étaient âgés de 18 ans ou plus francophone ou anglophone.
Tout d’abord on constate que « Les discussions sur l’état du système de santé semblent être une pratique courante entre les patients et leurs médecins : la grande majorité (85%) des répondants affirment avoir des patients qui leur parlent du système de santé ». et pour « la moitié (49%) des répondants, ce genre de conversation a lieu souvent. » On peut donc dégager une certaine inquiétude de la population en ce qui concerne le système de santé. 85% des répondants affirment que les patients en sont préoccupés.
Mais cela ne touche pas seulement la population en générale, les médecins eux-mêmes sont en proie au doute quant à la pérennité du système de santé au Québec. « Les préoccupations de la population à l’égard du système de santé du Québec semblent trouver écho chez les professionnels de la santé. Globalement, plus de la moitié (59%) des répondants disent être pessimistes quant à l’avenir du système de santé au Québec. ». Néanmoins certains médecins sont optimistes concernant le l’avenir du système de santé, presque un sur deux, soit 41% selon le sondage.

Dans la suite du sondage, on peut lire cette question : « Selon vous, vos patients seraient-ils PLUTÔT FAVORABLES ou PLUTÔT DÉFAVORABLES à la contribution du secteur privé au système de santé du Québec ?». La réponse est pour le moins surprenante puisque selon les médecins, leurs patients seraient favorables à 63% contre 37% défavorables. C'est-à-dire que presque les deux tiers de la population ne verraient pas d’inconvénients à laisser certains soins de santé être pratiqués par le privé. Il faut toutefois nuancer la réponse favorable puisque celle-ci ne donne pas le cadre dans lequel le privé pourrait s’insérer dans le système de santé, donc qu’elle place il lui serait accordé.
Concernant les médecins, nous avons à faire au contraire. « Au total, plus de la moitié (58%) des médecins ne consacreraient pas plus de temps au secteur privé, s’ils en avaient la possibilité légale. Plus du tiers des répondants (42%) affirment le contraire ».
Cette réponse est d’autant plus importante parce que ce sont les médecins qui pratiquent leur profession et connaissent donc les caractéristiques et les conditions de travail dans lesquelles ils opèrent.
La prochaine réponse est intéressante du point de vue politique des acteurs puisque « La majorité (93%) des répondants aimeraient prendre part au débat sur la réforme du système de santé contre seulement 7% qui ne souhaitent pas s’impliquer dans le débat ». Nous voyons donc ici que les acteurs souhaitent très largement une plus grande attention des politiques concernant leur bien être ainsi qu’une plus grande consultation et participation. Si l’on devait appliquer ce sondage aujourd’hui, il serait très probable que la population voudrait réaliser une commission d’enquête similaire à la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables. D’un point de vue personnel, je pense que cela serait bien plus utile parce que cela fédérerait la population autour d’une question touchant toutes les catégories sociales de la population que l’on soit natif d’ici ou d’ailleurs.
Pour appuyer la position des acteurs, on peut également citer cette réponse « Près des trois quarts (73%) des répondants pensent que les médecins doivent revoir leur façon de travailler pour améliorer la santé de la population ». C'est-à-dire leur organisation du travail afin d’optimiser les performances.
Cependant, la position des acteurs est relativement contradictoire mais approuve en même temps la mentalité des deux tiers de la population, ceux-ci sont opposés à l’introduction d’une taxe supplémentaire pour favoriser le système de santé. « L’imposition d’une taxe supplémentaire dédiée à la santé n’est pas la solution au financement adéquat du système de santé au Québec : les deux tiers (68%) des répondants s’opposent à cette proposition”.

Le sondage sur lequel nous avons étudié donne un avis des acteurs médicaux, donc de professionnels de la santé, que Lemieux dénomme, par sa typologie, comme les « intéressés » spécialisés ; ainsi que l’avis des « particuliers », par le biais des premiers, utilisateurs du système de santé publique. Pour résumer la position des acteurs spécialisés ou non, il est intéressant de constater que ceux sont en majorité pour l’introduction du secteur privé dans le système de santé québécois. Ils sont donc « farouchement » opposés à une levée de taxe supplémentaire. La question est de savoir alors, quelles propositions peuvent être apportées par les politiques et son idéologie dominante afin de palier au manque de soins et répondre aux attentes de la population.

Le rapport Castonguay
Après plusieurs années de blanc politique concernant le rôle l’État dans le dossier (ce qui est en accord avec l’idéologie du laissé-faire, laissé passer),  les politiques ont publié au mois de février 2008 le rapport communément appelé « Castonguay » qui s’appelle en réalité « Rapport du groupe de travail sur le financement du système de santé ». Téléchargeable sur le site du groupe de travail, il fut envoyé à la corbeille par le Ministre Philipe Couillard qui le jugeait inopportun pour la population mais surtout pour le parti libéral qui avait vu les sondages avant de le lire…

Ce rapport est en droite ligne avec le Manifeste des Lucides de Joseph Facal et Lucien Bouchard puisque le rapport est une version remaniée et adaptée pour le cas du système de santé. Nous allons le présenter.
Celui-ci commence par « Au cours des dernières décennies, de profondes transformations se sont produites dans tous les secteurs d’activité des pays industrialisés. Ces transformations se sont accélérées sous l’influence et les pressions de la libéralisation des échanges et de la mondialisation ». On retrouve ici le discours de tendance néolibérale sur le monde « qui a changé » et on des forces « obscures » poussent les politiques publiques à prendre des mesures de désengagement l’État et donc de laisser une place prépondérante au privé. « Il faut cependant constater que le Canada et le Québec ne se sont pas engagés dans un tel mouvement de façon aussi systématique. Au Québec, le système de santé a été considéré comme un acquis de la Révolution tranquille, et de ce fait, il a longtemps été perçu comme intouchable, une véritable institution. Dans les autres provinces, le système de santé est devenu le symbole de ce qui différencie les Canadiens de leurs voisins américains”. Plus loin dans le texte nous pouvons lire que le système de santé doit être une responsabilité et peut être le plus important de tous les programmes publics. Le rapport appelle donc à un « nouveau contrat social », analogie à Rousseau qui en fait crée un système social visant à instaurer un équilibre et une responsabilisation des citoyens envers leurs institutions.
De cela, six principes identifiés par le groupe de travail doivent régir le système de santé :
-          L’universalité : « les modalités de financement du système de santé doivent favoriser la couverture universelle de la population ».
-          La solidarité : elle doit être intergénérationnelle et doit couvrir les plus démunis, soit les plus pauvres de la société.
-          L’équité : « L’équité est comprise ici comme l’équilibre entre ce que chacun est en droit d’attendre et ce qu’on est en droit d’attendre de chacun. Ainsi, si ceux qui ont une plus grande capacité de payer doivent contribuer davantage que ceux qui en ont moins les moyens, ces derniers ne peuvent pas non plus être entièrement dispensés de contribution – dans la mesure bien sûr où cette contribution est calibrée à la hauteur de leurs capacités. »
-          L’efficacité : l’idée générale est que les citoyens doivent en avoir pour leur argent.
-          La responsabilité : chacun doit se sentir responsable des biens publics, donc ici de la santé.
-          La liberté : un principe essentiel selon eux (idéologie oblige). « Les modalités de financement doivent s’appuyer sur l’autonomie du patient, sur le respect de son intégrité et de sa dignité, ainsi que sur sa capacité et le droit qui lui est reconnu par la loi de choisir par qui, comment et quand il est traité. Ces modalités doivent également favoriser l’autonomie des gestionnaires et prendre en compte la liberté professionnelle des producteurs de soins ». Il y a donc une dimension de choix personnel dans ce point qui répond au principe de liberté.

Cependant, pour que le nouveau contra social puisse fonctionner efficacement, il faut que trois groupes sociaux prennent connaissance de certains « devoirs » qu’ils doivent rendre à la société.

Tout d’abord, les citoyens doivent prendre conscience des coûts de la santé sur les dépenses publiques et le budget de l’État. Ils doivent donc être plus responsables. « Ce même citoyen doit contribuer au financement du système de santé en fonction de ses moyens, et de façon complémentaire, en relation avec sa consommation de soins ». Cela sous entend bien que l’introduction de compléments de soins doit automatiquement être de mise par le biais du privé entre autre. On le voit aussi avec cette autre citation : « Le groupe de travail a ainsi formulé plusieurs recommandations visant à favoriser une prise de conscience par les citoyens des limites du système et de ses coûts. Ces recommandations, sur lesquelles on reviendra plus loin, ont pour objet d’inciter les citoyens à assumer leurs responsabilités par la prévention et par l’inscription auprès d’une clinique de santé et d’un médecin de famille ».

De plus, le personnel de santé doit aussi prendre ses responsabilités. « La responsabilité principale des professionnels de la santé, et au premier chef des médecins, est de donner le bon service à la bonne personne au bon moment ». Dans le rapport, les professionnels de la santé représentent une sacralisation de la santé puisqu’ils sont « les garants » de ce système. Il y a une conception très classique (Hippocrate) de la conception de la médecine. Mais il est d’autant plus vrai que la population sacralise bien cette institution publique. Pour remplir leurs tâches, ils doivent se soumettre à des évaluations et se conformer aux meilleurs pratiques connus.
« Les professionnels de la santé ont également le devoir d’assurer la continuité des soins et la bonne collaboration entre les différentes catégories de professionnels ». Cette dernière citation est très importante parce qu’elle confirme encore plus le fait que le groupe de travail veut introduire le secteur privé dans la sphère publique.
Pour terminer, les recommandations se centrent vers le rôle de l’efficacité de gestion. Les gestionnaires sont «  les gardiens de l’efficacité du système ». Ces gardiens, tels les célèbres gardiens de Platon, ont à la charge non pas le contrôle de la Cité mais celui des dépenses : « En retour d’une reconnaissance plus importante de leur autonomie sur le plan local et d’une juste rémunération, ils ont la responsabilité d’offrir des services efficaces au meilleur coût possible ».

Ces recommandations suivent donc l’idéologie dominante à l’heure actuelle et essaie de répondre aux problèmes de la population en désengageant le rôle de l’État pour le substituer à celui du privé.


Conclusion critique
Un système de santé où qu’il soit doit servir les intérêts de la population afin de préserver un certain bien être national. Celui-ci est un pilier de la cohésion sociale et également un contrat social passé entre les politiques et les concitoyens.
Dans le cas du rapport Castonguay, nous avons à faire à la prédominance de l’idéologie néolibérale. L’application d’une compétition de type marchande afin d’accroître la concurrence entre les services et les individus eux-mêmes est un reflet de ce rapport.
De plus on pourrait lui reprocher sa manière de responsabiliser et d’individualiser les citoyens et les professionnels de la santé. De cela découle une rationalisation des dépenses qui veut faire de ce service public un service marchand. Le secteur public n’est il pas par définition un service non marchand et déficitaire ? Est-il éthique de vouloir faire des profits sur le mal-être des citoyens ?
Il est l’instrument de l’État financé par les impôts et redistribué à la population. La santé est un des meilleurs exemples de redistribution de la richesse dans un pays et il ne doit pas devenir un système de profit dont seuls les riches pourront se payer les soins qui leurs sont adaptés. L’introduction du privé dans le rôle étatique peut entrainer un système de santé à deux vitesses. La compétition peu aussi bien être réalisée au niveau national entre les États parce que la santé c’est l’affaire de tous les citoyens. Bientôt, et c’est sous en entendu dans le rapport, les malades devront payer plus car ce sont eux qui utilisent le plus le système de santé, c’est dont leur faute, leur responsabilité.
Néanmoins, un système mixte pourrait être introduit comme l’ont fait les pays scandinaves en particulier la Suède, plus au sud la France a fait de même. Ces pays ont été plus rapidement touchés par le vieillissement de la population et il fallut trouver d’autres moyens de subvenir aux besoins de la population. Ce qui fut proposé est la reconnaissance plus importante de l’autonomie des services de santé sur le plan local et d’une juste rémunération. Ils ont la responsabilité d’offrir des services efficaces au meilleur coût possible en décentralisant plus ou moins les services. Il y a plus de libertés accordées au patient qui a le droit de choisir s’il veut se faire soigner au sein d’une institution privée ou publique. Selon le CIRANO (centre interuniversitaire de recherche en analyse et organisation), « le remboursement des frais encourus par les patients est similaire sinon totalement identique que le patient choisisse un fournisseur public ou privé à condition que le fournisseur privé sélectionné soit conventionné ».
Il y a donc des ententes concernant les besoins que l’état ne peut fournir et les frais sont remboursés par l’État lui-même.
Personnellement, j’ai toujours connu ce système en France et les qualités de soins sont largement supérieurs là bas qu’ici. Toutefois ce n’est qu’un jugement personnel. De plus, les médecins généralistes peuvent avoir leur propre cabinet privé et sont ainsi considérés comme des professions libérales.

Certes l’idéologie « néolibérale » est très présente et ce sont les principes du britannique d’Anthony Giddens qui sont en partis appliqués. Cependant le Royaume-Uni a un de spires systèmes de santé de l’Union Européenne…
La population québécoise doit donc choisir, parce que dans la première partie de l’étude nous avons vu qu’elle est prête à vouloir une intervention du privé, même si cela lui fait peur à cause des dérives économiques que cela peut entrainer, mais elle n’est pas prête à débourser pour sauver le système actuel. Il est clair que le système de santé actuel est à bout de souffle et il serait intéressant d’au lieu d’introduire le privé dans la santé de plutôt faire pression sur l’Ordre des Médecins qui ne veut pas reconnaitre les équivalences de diplômes de médecins étrangers. Les acteurs, ceux de la population québécoise, doivent se responsabiliser là-dessus en portant leur énergie sur les compétences déjà présentes au sein de la population. Les acteurs doivent faire l’idéologie et non la subir.
Pour conclure, il est dommage que la marchandisation utilise la santé des personnes pour établir une idéologie dominante, celle du libre marché. Ce que l’on peut redouter le plus, c’est la perte d’une certaine cohésion sociale et nationale par la compétition générale de tous les services et rapports humains. Les membres de la société et de la communauté politique ne peuvent plus réagir collectivement. C’est malheureusement le triomphe de l’idéologie néolibérale et non son échec que l’on vit actuellement. 
Au moins on est « libre » comme disent certains, mais à quel prix ?

Bibliographie
1-      « Le secteur privé dans un système de santé public : France et Pays Nordiques », de Marcel Boyer, 33 pages, février 2008, téléchargeable sur le site du CIRANO : http://www.cirano.qc.ca/
2-      « Rapport du groupe de travail sur le financement du système de santé », du groupe de travail, 338 pages, février 2008, téléchargeable sur : http://www.financementsante.gouv.qc.ca/

3-      «  Sondage auprès des médecins, résidents et étudiants en médecine du Québec », de l’Action médicale du Québec réalisé par Léger marketing, 20 pages, juillet 2005, téléchargeable sur : http://www.amq.ca/

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